Quoi de neuf? - Octobre 2016

EXTRAIT DE LA BIOGRAPHIE : « Moi, Aristide Bruant » Chansonnier à la Belle Époque

En 1895, et en dehors de ma carrière, cette année-là ma vie privée avait radicalement changé à la suite d’une rencontre avec la célèbre chanteuse lyrique Mlle Mathilde Tarquini d’Or. Cette jolie rousse m’avait enchanté, lorsque je l’avais découverte à l’affiche de l’Opéra Comique, dans le rôle de Carmen, quelques temps auparavant ; un soir, avec des amis, elle était venue dans mon cabaret. Elle devait en repartir, avant la fin du spectacle, n’appréciant pas la manière grossière dont j’accueillais la clientèle. J’avais tenté de la retenir avec force amabilité, mais ce fut en vain ; elle avait un fichu caractère et rien ne l’aurait fait changer d’avis. Or, imaginez ma surprise quand je l’ai revue, en 1895, à Mont-Doré-Les-Bains où mon médecin m’avait envoyé faire une cure pour restaurer ma capacité respiratoire ; […]. Un soir, alors que j’allais dîner, je retrouvais cette belle rousse à la voix si prenante, accompagnée d’un groupe de ses amis. Je lui présentais mes hommages et insistais élégamment pour qu’elle acceptât de venir dîner avec moi. Ça n’a pas été facile de la convaincre, mais j’y suis parvenu et nous avons passé un moment délicieux. À chaque fois que je la rencontrais, dans la station, je ne manquais pas de réitérer mes invitations à dîner. Peu à peu, nous en étions arrivés aux confidences et une certaine complicité s’installait, voire une intimité, entre nous ; nous aimions parler de tout et son ouverture d’esprit m’avait convaincu que nous étions faits l’un pour l’autre.

C’est ainsi, par le plus grand des hasards, qu’Aristide Bruant revit cette femme qui l’avait enchanté, dès leur première rencontre ; ils ne devaient jamais plus se quitter. Si Tarquini d’Or n’avait pas été mariée à un italien dont les lois de son pays ne permettaient pas le divorce, sans aucun doute, Bruant l’aurait épousée. C’est probablement pour cela que Tarquini d’Or se faisait couramment appeler Madame Bruant.

carmen