Quoi de neuf? - Mars 2016

Nous fêtons, ce printemps, les poètes du XXe siècle, ils sont nombreux et talentueux. Même si Aristide Bruant ne peut pas se comparer à Rimbaud, il est le précurseur de la poésie chantée dédiée aux miséreux et ceux de la frange qu’il exprime de façon émouvante à l’instar de cette chanson, entre autres.

Rose Blanche (Rue Saint-Vincent) - 1911

Alle avait, sous sa toque d' martre,
Sur la butt' Montmartre,
Un p'tit air innocent ;
On l'app'lait Rose, alle était belle,
A sentait bon la fleur nouvelle,
Ru' Saint-Vincent.

On n'avait pas connu son père,
A n'avait pus d' mère,
Et depuis mil neuf cent, ***
A d'meurait chez sa vieille aïeule
Où qu'a s'él'vait, comm' ça, tout' seule,
Ru' Saint-Vincent.

A travaillait, dèjà, pour vivre,
Et les soirs de givre,
Sous l' froid noir et glaçant,
Son p'tit fichu sur les épaules,
A rentrait, par la ru' des Saules,
Ru' Saint-Vincent.

A voyait, dans les nuits d' gelée,
La nappe étoilée,
Et la lune, en croissant,
Qui brillait, blanche et fatidique
Sur la p'tit' croix d' la basilique,
Ru' Saint-Vincent.

L'été, par les chauds crépuscules,
A rencontrait Jules
Qu'était si caressant
Qu'a restait, la soirée entière,
Avec lui, près du vieux cim'tière,
Ru' Saint-Vincent.

Mais le p'tit Jul' était d' la tierce
Qui soutient la gerce,
Aussi, l'adolescent
Voyant qu'a n' marchait pas au pantre,
D'un coup d' surin lui troua l' ventre,
Ru' Saint-Vincent.

Quand ils l'ont couché' sous la planche,
Alle était tout' blanche
Mêm' qu'en l'ensev'lissant,
Les croqu'-morts disaient qu' la pauv' gosse
Etait claqué' l' jour de sa noce, Ru' Saint-Vincent.

Alle avait, sous sa toque d' martre,
Sur la butt' Montmartre,
Un p'tit air innocent ;
On l'app'lait Rose, alle était belle,
A sentait bon la fleur nouvelle,
Ru' Saint-Vincent.

Aristide Bruant - Rose blanche