Quoi de neuf? - Janvier 2016

Aristide Bruant : « … J’ajouterais Humanité aux trois mots de notre devise… »

Aristide Bruant s’est présenté aux Élections législatives du 8 mai 1898 à Belleville-Saint-Fargeau.
Sur son affiche électorale on pouvait lire :
« Aristide BRUANT, candidat du peuple ».
C’est durant cette période, qu’il écrivit le texte ci-dessous :

Sur l'air de À Belleville

Si j’étais votre député,
Ohé ! Ohé ! qu’on se le dise !…
J’ajouterais Humanité
Aux trois mots de notre devise
Au lieu de parler tous les jours
Pour la république ou l’empire
Et de faire de longs discours
Pour ne rien dire,
Je parlerais des petits fieux,
Des filles-mèr’s, des pauvres vieux
Qui l’hiver, gèlent dans les villes…
(Aparté : ça ne vous rappelle rien ?)
Ils auraient chauds comme en été,
Si j’étais nommé député.
À Belleville.

Je parlerais des tristes gueux,
Des purotins batteurs de dèche,
Des ventres plats, des ventres creux;
Et je parlerais d’une crèche
Pour les pauvres filles sans lit,
Que l’on repousse et qu’on renvoie
Dans la rue !… avec leur petit !…
(Aparté : référence aux amours ancillaires)
Mères de joie !…

Je parlerais de leurs mignons,
De ces minables chérubins
Dont les pauvres petits fignons
Ne connaissent pas l’eau des bains.
Chérubins dont l’âme et le sang
Se pourrissent à l’air des bouges
Et qu’on voit passer, le teint blanc
Et les yeux rouges.

Je parlerais des vieux perclus
Qui voudraient travailler encore…
Mais dont l’atelier ne veut plus…
Et qui traînent jusqu’à l’aurore
Sur le dur pavé de Paris,
Leur refuge, leurs invalides,
Errants… chassés… honteux… meurtris,
Les boyaux vides.

Je parlerais des petits fieux,
Des filles-mèr’, des pauvres vieux
Qui l’hiver, gèlent par la ville…
Ils auraient chauds comme en été,
Si j’étais nommé député
À Belleville !

Bonne année 2016 - Aristide Bruant