Quoi de neuf? - Decembre 2015

LES LOUPIOTS

Les p’tits loupiots,
Les pauv’s petiots,
Ceux qu’on n’aime pas… et qui pleurent…
Ceux qu’on martyris… et qui meurent
A forc’ qu’on leur y fout des pains,
C’est jamais des fils de rupins.

Sans gâteaux, sans joujoux, sans fringues,
Et quelquefois sans pantalons
Ils vont, dans de vieilles redingues
Qui leur tombent sur les talons.

Ils traînent, dans les philosophes,
Leurs petits pieds endoloris,
Serrés dans de vagues étoffes…
Chaussettes russes de Paris !

Ils se réchauffent dans les bouges
Noircis par des quinquets fumeux,
Avec des bandits et des gouges
Qui furent des loupiots comme eux.

Ils naissent au fond des impasses
Et dorment dans les lits communs
Où les daronnes font des passes
Avec les autres et les uns…

Mais ces chérubins faméliques
Qui vivent avec ces damnés
Ont de longs regards angéliques
Dans leurs grands châsses étonnés.

Et quand ils meurent dans ces fanges,
Ils vont tout droit au paradis,
Car ces petits là sont des anges
Des ruelles et des taudis.

Les p’tits loupiots,
Les pauv’s petiots,
Ceux qu’on n’aime pas… et qui pleurent…
Ceux qu’on martyris… et qui meurent
A forc’ qu’on leur y fout des pains,
C’est jamais des fils de rupins.

Bruant avait une affection particulière pour les enfants des prostituées et leurs souteneurs. Combien de fois a-t-il assisté à des scènes poignantes où les petits loupiots dormaient allongés sur les tables des « bordels » - à la merci d’hommes sans moralité moyennant finance auprès des souteneurs -.