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ARISTIDE BRUANT NOUS CONFIE SA RENCONTRE AVEC MADEMOISELLE TARQUINI D’OR

L’année 1895 fut mémorable, pour moi : ma vie privée devait changer radicalement. Depuis le décès de Melle Mariony, le grand amour de ma vie et la mère de mon fils, j’eus quelques aventures, mais ne désirais plus m’attacher.

Je fis la connaissance de Melle Tarquini d’Or, chanteuse lyrique, lorsqu’elle se produisit à l’Opéra Comique, à Paris, dans le rôle de Carmen de Bizet ; je fus émerveillé par cette magnifique rousse et lui fis compliment, dans sa loge, tant sa voix et sa prestance m’avaient conquis. En revanche, elle me toisa d’un air méprisant ; j’en fus dépité.

Je n’y pensais plus, aussi fus-je surpris de la revoir à Mont-Doré les Bains, station thermale en vogue où les chanteurs connus prisaient d’aller se soigner et se montrer ; le fait de chanter dans une ambiance polluée de fumée dégradait la santé et la voix de nombre d’entre nous. Je n’y coupais pas et devais régulièrement faire une cure.

Dans l’établissement thermal, je la rencontrais souvent et, chaque fois, la complimentais sur sa beauté jusqu’au jour où je décidais de me lancer et l’invitais à dîner : nous avions en commun le travail artisanal de l’horlogerie, pour elle, et de la bijouterie, pour moi, ce qui constituait, au début, des sujets de conversation. Puis, peu à peu, nous en vînmes à plus d’intimité… Nous ne nous quittâmes plus jusqu’à mon décès en 1925.

Portrait de Melle Tarquini

Carmen retro

Aristide Bruant et sa compagne