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ÉMANCIPATION DE LA FEMME
Monologue réaliste – 1896 Paroles et musique de Aristide Bruant

Non, mon vieux, ça fait pas mon blot
L’émancipation d’la femme ;
Ça s’ra jamais dans mon programme,
Tu comprends bien ça, dis, Julot.
Tu vois pas la femme avocat
Passer son temps à la tribune,
Pendant qu’faudra torcher la lune
Du goss’ qui viendra d’fair’ caca ?

T’entends nos gardeuses d’marmots
En train d’hurler dans un métingue !
Crois-tu qu’a’s en f’raient du bastringue,
Vrai ! ça s’rait pus pir’ qu’à Carmaux ;
Tu les vois pas s’crêper l’chignon,
Dans un élan démocratique
Et crier : Viv’la République !
En tortillant leur troufignon.

Enfin, Julot, ça t’irait-t’i’
D’avoir un’ femm’ toujours en course,
Qu’irait à la chambre… à la bourse
Et qui laiss’rait brûler l’frichti ?
Mais non !… Ya pas à discuter
La femm’n’a pas besoin d’diplômes ;
Elle est là pour nous fair’ des mômes
Et pour leur donner à têter.

Chers amis de Bruant,

Chaque année, le 8 mars, nous fêtons la Journée de la Femme. À ce propos, qui aurait semblé surréaliste à l’époque de Bruant, j’ai pensé vous faire profiter du contenu de cette chansonnette aux paroles d’une misogynie parfaite qui, à ce moment-là, semblait normale pour la plupart des hommes et des femmes. Seules, semble-t-il, les intellectuelles féminines désiraient l’émancipation. C’est au cours de la première guerre mondiale qu’une amorce des droits accordés aux femmes fit jour en raison de l’absence des hommes partis faire la guerre. Cependant, restait encore un long chemin à parcourir…